Eloge de la montagne

Je reviens des montagnes. L’air y était pur, le ciel transparent, les cimes parfaitement dessinées.

 

Le Mont Blanc, de Combloux

 

L’arc des sommets était sans faille. De cet ensemble éblouissant se dégageait une intense plénitude doublée d’un profond silence. La montagne vivait. La montagne respirait, terre d’enracinement et de recueillement.

 

Combloux village

Bien sûr, nous n’avons pu échapper aux randonnées qui, de toutes parts, nous pressaient, nous sollicitaient. Mais, nous le savons, aller à la montagne sans la « pratiquer », sans s’y colleter, c’est impossible. Mieux vaut rester chez soi en demandant à son fauteuil ce qu’il ne peut, du reste, nous donner : le bonheur.

 

Chacun sait que la montagne est, comme la mer, un puissant révélateur du cœur de l’homme.

 

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer. »,

écrivait Baudelaire.

 

La mer, miroir de l’homme ? Sans doute, mais pas seulement elle, car la montagne l’est tout autant. Recherche-t-il, en effet, calme et silence, l’homme trouve en elle l’oasis répondant à ses appels. Est-il en quête de beauté, la montagne lui ouvre ses trésors. Ah ! ces ineffables couchers de soleil qui, tout récemment encore, caressaient le toit de l’Europe de leur jaune d’or, puis ocre -  jaunes évanescents donnant naissance à une surprenante lie de vin prête à sombrer elle-même dans un blanc sépulcral.

Coucher de soleil sur l'Aiguille du Midi

 

La montagne est le paradis du peintre. Et pas seulement pour les coloris. Ombre et lumière s’y déploient en un savant va-et-vient ou dans une profonde osmose. A la montagne, tout bouge constamment quoiqu’imperceptiblement, mettant à chaque instant les sens en éveil. Et la forêt montagnarde, quand elle est épargnée par l’homme, sait aussi dévoiler ses secrets. Eaux bouillonnantes et savonneuses de torrents, qui fendent l’épais tapis végétal.

 

Un ruisseau, près de Notre-Dame de la Gorge (Les Contamines-Montjoie)

Chant bavard d’une cascade au pied de laquelle vous attendent des recommandations d’un autre âge, tant elles semblent, dans leur candeur et dans leur vérité mêmes, constituer un défi pour notre temps. « A la montagne, le territoire de l’homme est le sentier. Si vous restez sur les sentiers, les animaux deviendront vos amis et vous pourrez les voir. » L’évidence, non ? Sans doute, mais peut-être pas pour tout le monde… Ailleurs, ce bijou un peu fier : « Ne cueillez pas les fleurs. Il pousserait des pierres. »

Malgré toute sa beauté, malgré sa nature même qui porte le cœur le plus endurci vers plus de tendresse et plus de douceur, malgré l’élan altier de ses cimes qui nourrit en l’homme une réelle soif de spiritualité, on entend dire ici et là que la montagne estivale connaîtrait aujourd’hui une certaine désaffection. Pourquoi donc ? Ne répondrait-elle plus aux aspirations de l’homme ? Le pacte secret qui l’unit à lui serait-il donc brisé ? L’homme aurait-il donc changé au point que ce qui, hier, était beau, était grand, était noble, ne le serait plus aujourd’hui ? Nous ne le pensons pas. Nous pensons plutôt que l’homme de 2012 – et souvent, à sa suite, l’adolescent et l’enfant – n’est plus, comme autrefois, autant habité par l’effort, par le sens de l’effort, par le culte de l’effort.

 

Toujours plus haut ! Toujours plus beau ! Au Col de Balme (Le Tour, près de Chamonix)

L’instantané est son royaume. Son désir ? Des sensations toujours nouvelles, toujours renouvelées. La montagne, elle, ne saurait lui offrir de telles garanties ! Le bonheur qu’elle procure s’inscrit non dans l’instant mais dans la durée. La fatigue de la marche, l’effort de la randonnée, l’épreuve de la soif sous un soleil de plomb, les aléas d’une météo capricieuse, tout cela paraît peu compatible avec une « philosophie » un peu molle, une peu facile d’un certain «  bien-être » contemporain. Bien-être. Bonheur. Vieux débat ! Les deux, comme on sait, ne vont pas forcément de pair !

 

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2 commentaires pour “Eloge de la montagne”

  1. Et comme une envie de vous entendre raconter…en vrai ;-)

  2. Photos magnifiques,très réussies. Paysage enchanteur à faire rêver !!!
    Et comme la chantait si bien Jean Ferrat : … »Que la montagne est belle… »


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