Jeunesse et solitude

 

Qui pourrait croire qu’en 2012, la jeunesse – une partie de la jeunesse – est en proie à la solitude, ce fléau des temps modernes ? C’est, en tout cas, le sombre constat dressé par la Société de Saint-Vincent-de-Paul, à travers l’étude que publiait le journal La Croix, le 5 juin dernier. Selon cette étude, 19% des 18-35 ans avouent ressentir une solitude « subie », tandis que 45% d’entre eux reconnaissent avoir connu des épisodes de solitude.

 

 

Constat préoccupant ! Alors que la jeunesse est le temps, théorique, de l’espoir, de la rencontre, de la vie, en un mot, du bonheur, voici que la solitude, ce mal rampant, insidieux, sournois, s’attaque subrepticement à ses forces vives et pourtant, « notre jeunesse, entend-on partout, ne manque de rien ! » Ainsi toutes ces nouvelles technologies qui, en masse, accourent vers elle, parées de toutes les séductions de la « modernité », ne sont-elles pas source de rencontres et, finalement, de bonheur ? Peut-être pas, finalement, tant elles semblent redoutablement frappées au coin du virtuel. D’ailleurs, 96% des jeunes avouent « communiquer » d’abord par SMS, « confiant » aux réseaux sociaux, dont Facebook et Twitter, le soin d’affiner ou de compléter cette communication. Ne vous attendez donc pas à voir de si tôt votre boite aux lettres regorger de plis calligraphiés ! Dommage ! 10% des jeunes reconnaissent sacrifier encore à ce rite d’un autre âge. Heureux bénéficiaires !

 

 

Avouons que nous sommes en plein paradoxe. Alors que – toujours d’après ce sondage – 95% des jeunes disent se connecter quotidiennement à Internet, 55% d’entre eux reconnaissent avec candeur que cet outil favorise leur solitude. Telle est la loi, despotique, du virtuel. Son hégémonie dévastatrice. Quand vous apprenez, par ailleurs, qu’un tiers seulement des jeunes affirment ne rencontrer réellement leurs amis dans des lieux publics ( cinéma, café) que rarement, votre étonnement est à son comble.

 

 

Le paradoxe, pourtant, n’est qu’apparent. Il s’évapore dans la prise de conscience, par le jeunes,ou par l’adulte, que les nouvelles technologies, aussi enrichissantes qu’elles soient, peuvent constituer un redoutable piège pour la liberté du jeune. Le jeune qui souffre d’isolement trouvera-t-il dans Internet une réponse et un remède à se solitude? Il est permis d’en douter. Internet, au contraire, ne sert-il pas pour lui une nouvelle solitude, une nouvelle prison ? C’est à craindre. Et que dire de l’utilisation intempestive du lecteur MP3, qui transforme souvent ses adeptes en d’indolents autistes ! N’ayons pas peur des mots. L’addiction – toute addiction – est une maladie, est une drogue. En ce sens, vouloir dépénaliser le cannabis, comme le souhait en a été formulé récemment, – cannabis qui fait tant de ravages pourtant chez les jeunes, est un crime contre la jeunesse. Comme toutes les drogues et, dans une certaine mesure, comme toutes les nouvelles technologies qui ne seraient pas maîtrisées, le cannabis est un leurre, un cache-misère, un mirage qui plonge ses victimes dans d’infernales vapeurs.

 

 

Mirage du virtuel ou bonheur du réel ? Asservissement du premier ou choix libre du second : l’alternative est claire. Le défi, aussi, lancé à une partie de la jeunesse actuelle – défi à la hauteur de l’enjeu dont son âme est la cible. Certes, « les jeunes ont gagné en autonomie et en liberté individuelle, ce qui est positif, observe le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Ils choisissent, beaucoup plus qu’avant, les réseaux dans lesquels ils souhaitent évoluer. »Mais il y a une contre-partie, terrible. « [..] Les filets de sécurité fonctionnent de façon moins systématique qu’avant, à une époque où l’individu était partie prenante du groupe : la famille, l’entreprise, le voisinage, le village, etc…. » Et de conclure : « La solitude est le revers de la médaille des formidables libertés dont jouissent les individus d’aujourd’hui. » Parmi eux, faut-il le dire?, les jeunes. Pendant de trop nombreuses années, certains jeunes, en effet, ont bu jusqu’à l’ivresse ce qu’ils croyaient être une libération, avant de sombrer dans les affres d’une liberté mal maîtrisée.

 

 

Ce constat alarmant, dû en grande partie à une crise des repères, nous autorise-t-il pour autant à baisser les bras ? Certes, non. Il existe des remèdes même – et peut-être surtout – en temps de crise. Cette course à l’abime à laquelle se livrent aujourd’hui, et souvent sans le savoir, trop^de jeunes désemparés, fait penser à ces chauffeurs de Poids lourds qui, lancés à toute vitesse sur une route de montagne, rouleraient à tombeau ouvert avant de trouver, suprême refuge, la « voie de détresse » salvatrice. Certains jeunes sont ces chauffeurs. Sur leur voie de détresse, ils entendent parfois résonner en eux une voix inattendue, une voix toute discrète : la voix intérieure. Une voix qui peut être impérieuse : la voix du sursaut. « Stop ! Arrête-toi, avant qu’il ne soit trop tard. Tes freins commencent à lâcher. Regarde-toi. Ose te regarder. Ose le face-à-face avec toi-même, quand il en est encore temps. Ne brûle pas ta vie. Ne brûle pas ton bonheur. Redémarre, mais surtout en respectant bien les vitesses. Tiens le temps, tiens ton temps bien en laisse. Tu retrouveras ainsi un lien avec les autres, le lien social, sans lequel la vie humaine est impossible, tout simplement. Enfin, et ton bonheur ultime, peut-être en dépend, plante ce face-à-face sur la hauteur, où Dieu t’attend. »

 


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Un commentaire pour “Jeunesse et solitude”

  1. Hélas,ce fléau, comme vous dites,ne touche pas que les jeunes.Car la solitude touche aussi les vieux, très nombreux, qui restent chez eux, après un veuvage. C’est mon cas, et comme beaucoup dans ma situation,on rencontre du monde en faisant nos courses,ou on reçoit des visites en semaine.Mais le Dimanche,on ne voit jamais personne…Et je ne suis pas un cas unique,c’est une généralité. Je rencontre du monde,quand je vais à la messe. Mais je n’en fais reproche à personne,car mes enfants travaillent et profitent de leur dimanche en famille avec leurs enfants et leurs petits-enfants,c’est normal. Une fois de temps en temps,il m’arrive d’être invité chez certains…Autrement ,s’il fait beau,c’est promenade,seul, ou sinon c’est l’après-midi devant la télé.Et si les programmes ne sont pas réjouissants,eh!bien,ça meuble pour passer le temps,ça tient compagnie. C’est heureusement aujourd’hui,un moyen de se sentir moin seul,ça rompt la solitude…


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