Discerner
Les élections législatives sont à nos portes. Allons-nous les ouvrir pour nous rendre à nouveau aux urnes ? Et pourquoi ? La tentation, parfois, est grande de les bouder, tant le débat politique nous semble stérile et sans attrait. Mais l’enjeu, oui, l’enjeu est de taille, « face à la crise économique et sociale qui brouille nos repères et nos horizons », faisait récemment observer Étienne Pinte, député des Yvelines. Et il ajoutait : « les paroles des dirigeants chrétiens sont attendues par beaucoup de nos concitoyens. Ces derniers recherchent une boussole. »
Une boussole ! Le dernier mot de tout. Un mot qui nous permet peut-être de prendre conscience que nous sommes sans doute parvenus à un point de non-retour de notre civilisation ou, du moins, à celui, très critique, d’un enlisement des valeurs et d’un brouillage tragique des repères. Comment en sortir ? Peut-être grâce à cette vertu toute laïque mais combien précieuse qui s’appelle le discernement.
Discerner ( lat. discernere « séparer, distinguer »), c’est séparer en triant, comme le vanneur qui sépare la balle du grain. Mais comment discerner ? Comment, surtout, acquérir cette précieuse vertu ? La foi nous y aide, en politique comme en toute chose. La Bible, quant à elle, souligne avec force l’importance, dans la foi, de la notion de justice et de droit, de loyauté et de sincérité envers soi-même. Or, « reconnaître ce qui est juste est toujours le fruit d’un discernement »,fait remarquer le père Matthieu Rougé, directeur du service pastoral d’études politiques, installé à Paris près de l’Assemblée nationale. Et d’ajouter : « On peut avoir un discernement juste, mais renoncer à ses convictions par ambition ( la tentation du maroquin ministériel ! ) ou par peur du regard des autres. Le courage donne la force et la liberté d’aller jusqu’au bout de ce que l’on croit juste. » Mais la foi n’est pas là, seule, à nous porter au discernement. Elle est, en effet, très souvent consolidée, affermie par l’enseignement et la doctrine sociale de l’Église. Souvenons-nous, par exemple, de l’encyclique Rerum novarum (1891), de Léon XIII, qui, tout en abordant la question ouvrière, réfutait ouvertement le socialisme,jetant ainsi les bases d’un catholicisme social dont un Marc Sangnier et un Albert de Mun devaient être, de nos jours, les plus illustres représentants.
Y-aurait-il « un vote catholique » ? Non, mais plutôt des votes de catholiques. D’ailleurs, on voit mal comment l’Église pourrait être un parti !… On voit mal aussi comment une formation, comment un candidat pourraient, à eux seuls, représenter les valeurs chrétiennes, les monopoliser et donc, un peu, les confisquer. Au nom de quoi ? On sait, d’ailleurs, que les évêques français ne donnent pas de consigne de vote, mais qu’ils tiennent en très haute estime le service de la cité, l’engagement de chacun pour une société plus humaine, le souci du bien commun, en un mot, la Politique. « Servir le droit et combattre la domination de l’injustice », c’était, pour l’ensemble du corps politique, la revendication de Benoît XVI, en septembre dernier, devant le Parlement allemand.
Ne demandons pas non plus à la Bible ce qu’elle ne peut pas nous donner : un programme politique. Certes, elle fixe bien un programme mais, avant tout, un programme de vie et d’humanité, à l’adresse des plus fragiles net des plus pauvres. Elle est, en cela, une irremplaçable école de bonheur. Dès lors, à chacun de juger, en son âme et conscience, qui incarne le mieux – ou le moins mal ! – ces exigences. Il n’y a donc pas de vote catholique mais plutôt une manière chrétienne de faire de la politique. « Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix; guide assuré d’un être [...] intelligent et libre; juge infaillible du bien et du mal qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions[...] ». Qui a dit cela ? Pascal ? Jean-Paul II ? Benoît XVI ? Non. Jean-Jacques Rousseau.


BRAVO pour la chute inattendue, avec … Jean-Jacques Rousseau!!!.(Je m’attendais plus tôt à l’un de ces auteurs cités avant!)
J’ai beaucoup aimé aussi : non pas « un vote catholique »,mais « les votes des Catholiques. »Ah, la force des mots.!
Des mots lumineux comme les vôtres,Bernard.Merci.
Notre France a tant besoin de discernement car elle a perdu la foi et sa boussole avec évidemment!.Bien amicalement.M.T.C.