L’Homme en lambeaux
La campagne électorale française jette aujourd’hui ses derniers feux dans un crépuscule où l’Homme fait figure de grand oublié. Joutes oratoires et envolées « lyriques » n’auront que trop mis en lumière les carences d’une société à son déclin.
A bien des égards, en effet, 2012 offre l’aspect d’une steppe désolée. Morosité et tristesse s’inscrivent le plus souvent sur les visages alors que, pourtant, plaisirs et argent rivalisent de séductions. En vain. Comme s’il était impossible d’arracher un sourire à des contemporains désenchantés. Tentons ici une explication : assisterait-on à une éclipse, totale ou partielle, de l’Homme en pleine société consumériste ? Rien d’étonnant à cela. Lorsqu’en France, et ailleurs, les « élites », esclaves du chiffre et du rendement, n’ont plus que l’argent pour endormir les peuples, lorsqu’une jeunesse, bousculée par le bruit et happée par la vitesse, succombe mollement au zapping pour tenter de faire face à elle-même, lorsque l’éducation elle-même – cette matrice d’une nation – cède de plus en plus le pas à la facilité et à l’improvisation, lorsqu’enfin, sous les assauts d’une tempête sans nom, valeurs et codes volent en éclats, que reste-t-il de l’Homme que son image défigurée ?
Où, en effet, est l’Homme d’aujourd’hui, en 2012, dans cette immense foire aux vanités, dans cet immense barnum que sont devenues, sur bien des points, France et Europe confondues ? Le reconnaîtra-t-on cet homme défiguré, cet homme en lambeaux, dans un paysage de désespoir ou, pire, de désespérance. A qui la faute ? Le déclin de l’Homme incomberait-il aux seuls politiques ? Et nous ? N’aurions-nous pas, nous aussi, notre part de gâteau – de gâteau empoisonné – dans cette immense mascarade printanière ?
D’un tel déclin, les causes existent, bien réelles et bien identifiées. Lointaines ou proches, elles sont irréfutables. A l’origine de ce séisme planétaire, la mort de Dieu, d’abord, – mort bruyamment proclamée au XIXème siècle par Nietzsche et par ses disciples – et qui, en réalité, a une source beaucoup plus lointaine. Dès lors que l’Homme s’est affranchi de la tutelle de Dieu et qu’Adam a voulu grandir loin de son ombre et de sa présence, c’est le désordre qui a commencé à ronger la terre. Plus d’ordre, plus de hiérarchie, plus de père. Et vive la liberté ! Place au surhomme qui, après avoir opéré la « transmutation » générale des valeurs, en crée de nouvelles, fondées sur l’affirmation la plus totale de la vie ! L’ombre du père ? Vraiment envahissante ! L’ombre du Commandeur ? Vraiment encombrante ! Déboulonnons vite sa statue, dussions-nous par la suite être, comme Don Juan, rattrapés par l’abîme. Le mythe du grand seigneur dépravé n’est pas mort. Aujourd’hui, c’est l’Homme, l’Homme tout entier qui, dans le concert général de la création, tente d’exprimer son cri au milieu de décombres chaque jour plus fumants.
Oui, cette transmutation, davantage : cette subversion des valeurs – quand ce n’est pas leur pure et simple négation – n’est pas une tentation nouvelle chez l’Homme. C’est une tentation très ancienne et très tenace. Une tentation, à vrai dire, permanente. 68, c’était hier. Dans l’océan des siècles et de l’éternité, une goutte d’eau. Un saut de puce. En réalité, un saut qui enjambe un abîme. Depuis lors, ont imperceptiblement fondu les bases essentielles de notre société et de notre civilisation. L’espoir naquit un instant qu’allaient être reconnues les racines chrétiennes de l’Europe. Espoir vite balayé par de frileuses « élites », trop soucieuses du qu’en-dira-t-on.
Il faut aujourd’hui tout replanter dans un paysage aux trois-quarts rasé. Il faut replanter et, surtout, enraciner l’Homme dans une terre nouvelle, rajeunie, une terre bien grasse et bien meuble, propice à de nouvelles germinations. Il faut surtout une volonté de semailles, une volonté de plants, pour que du crépuscule d’aujourd’hui naisse la lueur de demain, pour que d’un homme moribond naisse un homme régénéré. Il y va du bonheur de l’Homme, et des hommes.


Qui peut dire que Dieu est absent ? Certes notre confiance dans le Seigneur est mise à rude épreuve, je n’ai pas les mots pour clamer sa présence!
Cependant combien de fois suis-je surpris de sa présence dans des rencontres toutes simples suite à un échange de regard, à une écoute hors des champs de la psychologie. .
En ce temps de campagne électorale, il est difficile d’écouter un vent d’espoir, et pourtant c’est aussi l’occasion de comprendre le désarroi des plus démunis et de leur reconnaître leur place pleine et entière.
Merci pour ta réflexion….méditation.
Avec mon amitié. Bernard
2012 sa crise d’une rare violence, la montée des populismes, c’est tellement simple de reporter ses peurs et sa responsabilité sur l’autre, l’impression que l’Histoire recommence.
Jean Cassou dans La Mémoire courte évoquait aussi ceux qui résistèrent..1942 le Vel d’hiv pour la France devenue l’Etat français et quelques mois après le premier « statut » des juifs avec les conséquences que l’on sait ! mais il y avait eu les « Quatre-vingts » qui dirent non le 10 juin 1940.
On peut se retourner en permanence ou regarder vers l’avenir et lui faire confiance.
Cher BERNARD, Je rentre de voyage et je lis votre blog DU JOUR.
L’esclavage de l’homme continue bien en effet sous des formes si différentes ! Et l’homme se crée son propre esclavage.La principale cause étant l’absence de Dieu.
La vraie liberté est en Dieu.
Sa Présence manque tant à notre monde,à nos jeunes en particulier. En tant que grands parents nous avons souci d’eux en priorité.Je ne sais si vous connaissez cette histoire ,rapportée par notre curé de St Joseph lors d’une homélie:
Un Grand-Père dit à sa petite fille revenant du caté: »Je te donne 1 euro si tu me dis où est Dieu »
Et la petite de répondre: »Et moi, je te donne 2 euros ,si tu me dis où Il n’est pas ».Ah ,la foi et l’Espérance…cette petite fleur…
Très amicalement.La Cigale.m.t.c.