Quel bonheur ?

Le bonheur. Un mot qui hante la conscience de l’humanité depuis que l’homme est homme, c’est-à-dire depuis ses origines. Le bonheur, qui peut en parler, en parler vraiment? Dieu, du moins, l’homme peut en parler, car, si sa réalité nous dépasse infiniment, le nom qu’il porte – Dieu -, lui, est simple. Ce nom se suffit à lui-même. Il n’est pas interchangeable. Il n’a pas de synonyme – et cela, dans aucune langue. Dieu est Dieu, nom de Dieu !, tonnait déjà, voici près de quarante ans, Maurice Clavel, dans un ouvrage décapant dont le titre – mais le titre seulement – fit du bruit à l’époque. Oui, Dieu est Dieu. Un point, c’est tout.

 

Le bonheur, lui, cette plante si rare et si fragile, aux réalités si diverses et si vastes, ce bonheur n’a d’équivalent, lui non plus, dans aucune langue, mais pour des raisons différentes. La langue du bonheur, c’est la langue du cœur et du sentiment, une langue bien particulière, dotée d’un vocabulaire bien spécifique. Ici, pas de synonymes, qui aplatiraient complètement l’idée même de bonheur. Et l’homme, cet être compliqué, s’est mis tout naturellement à broder sur elle. Ne pouvant lui trouver de synonymes parfaits, il s’est ingénié à lui fournir des voies détournées, d’ailleurs justes, le plus souvent, telles ces périphrases qui lui ont permis de cerner au mieux l’essence du bonheur. « Le bonheur, ou la paix du cœur », « le bonheur, ou la paix intérieure. »

 

Oui, rien n’est plus difficile, en définitive, que de parler du bonheur, car celui-ci, avant tout, se vit, s’éprouve, s’expérimente en pleine pâte humaine. Depuis le nageur qui, sortant victorieux d’une lutte sans merci pour la conquête d’un titre, fond en larmes au sortir du bassin murmurant à grand-peine : « que du bonheur ! », jusqu’au couple octogénaire, résolument fidèle jusqu’au seuil de leur traversée terrestre, reconnaissons que le compas du bonheur est des plus larges et des plus variés. Infini même. Un champ d’application illimité, à géométrie très variable !

 

Et puis, il y a, en l’homme, cette quête et cette soif irrépressibles de bonheur, cet élan instinctif et un peu fou, il faut le dire, pour ce qui le dépasse et qui l’appelle. Quoi d’étonnant alors, si se présentent au grand étal du Bonheur, mille et une recettes de la vie heureuse : « comment être heureux en amour, en famille, au travail, en affaires…? » Tout y passe, à l’Hypermarché du Bonheur. Tout y passe parce que, trop souvent, l’homme croit que le bonheur se monnaye, s’achète, comme on achète un paquet de pâte ou une bouteille de grand cru. Non, les recettes du bonheur ne manquent pas à cet Hypermarché de l’illusion, comme n’y manquent pas non plus, souvent, les contrefaçons, les contorsions et autres grimaces du bonheur. C’est que le bonheur, le vrai bonheur, est un bonheur qui s’apprivoise, lentement, qui se mérite, qui se cultive et se jardine, un bonheur même que l’on peine parfois à débusquer dans les ronces épaisses de la vie. Le bonheur, osons le dire, a un coût, a un prix, mais d’une nature très particulière. Il a un goût, aussi, très paradoxal, en nos temps particulièrement troublés. Le goût de la sérénité. Non pas d’une sérénité passive, en quelque sorte, d’une sérénité soumise et mollement acceptée, mais de celles que l’on gagne souvent, de haute lutte, contre la houle et les tempêtes de la vie.

 

 


Mots-clés : , , , ,

Un commentaire pour “Quel bonheur ?”

  1. Il faut que votre âme soit amplie de plénitude,pour que votre esprit nous fasse de si jolies broderies sur le bonheur.Votre ouvrage a le parfum des béatitudes.


Laissez un commentaire







+ cinq = 10